21/12/2005

Les siècles noirs



Tout auréolée de ce prestige, la Cappadoce reste néanmoins une terre extrêmement pauvre. Saint Grégoire de Nazianze nous décrit les Cappadociens comme abrutis de misère et adonnés pour survivre au trafic honteux de dépouilles des morts. En effet, dès que le paganisme s’est éteint en Asie, les paysans ne craignant plus ni les menaces des dieux, ni les amendes auxquelles sont condamnés ceux qui violent les sépultures, créent une industrie particulièrement lucrative, celle du pillage des innombrables grottes sépulcrales qui contiennent souvent, outre les cendres des défunts, des offrandes, bijoux et armes précieuses. Saint Grégoire veut mettre fin à ces dévastations en déclarant : « Le tombeau de Mausole est énorme, mais respecté des Cariens, là nulle trace de mains violatrices. Et moi, fort élevé au-dessus des Cappadociens, vous voyez ce que j’éprouve si l’on écrivait sur moi : il est l’assassin des morts ».La crise du Bas-Empire avec son cortège d’envahisseurs n’a pas en Orient les mêmes conséquences dramatiques qu’en Occident et le pouvoir romain se maintient en Asie mineure avec une certaine puissance. Au VIIe siècle, les envahisseurs perses menacent de renverser cette situation, mais l’action vigoureuse de l’empereur Héraclius les chasse de l’empire et les détruit. À peine ceux-ci sont-ils vaincus qu’apparaît, venu d’Arabie, un nouveau péril, celui de l’islam. Les Arabes après avoir mis la main sur la Syrie et la Mésopotamie tournent leurs regards vers l’Anatolie. En 647 Moawiya, gouverneur de Syrie pénètre en Cappadoce et s’empare de Césarée. Cependant, les Byzantins ayant opposé une résistance trop forte, les troupes musulmanes ne parviennent pas à dépasser d’une manière permanente les monts du Taurus, et l’Asie Mineure, avec la Cappadoce en son centre, reste terre byzantine continuant à subir cependant pendant plusieurs siècles leurs razzias.Les raids arabes qui se renouvellent chaque année de la mi-mai à la mi-juin persistent jusqu’au IXe siècle. Ils ont pour but d’assurer l’entretien de la zone frontière de l’islam. La régularité de ces raids nous démontre que la région est toujours peuplée et conserve quelques richesses. C’est à cette époque que les habitants utilisent systématiquement les « villes souterraines » dont on peut voir encore quelques exemples à Kaymakli ou à Derinkuyu. Ces cités immenses, qui comportent parfois jusqu’à dix niveaux superposés de salles et de couloirs, peuvent accueillir des populations entières pour de longs séjours. Ces villes souterraines sont caractéristiques de la défense des villes et des cités cappadociennes depuis des temps très anciens. Leur origine est très reculée et leur datation difficile, les chroniqueurs arabes et byzantins les connaissent mais sans doute remontent-elles à une plus lointaine Antiquité.

16:30 Écrit par uchisarpension | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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