30/10/2005

fresque de la période iconoclaste






La période iconoclaste (723-780)Les courants d'opinion hostiles aux images auxquels le caractère purement spirituel du christianisme paraissait incompatible avec leur culte étaient surtout sensibles dans les régions orientales de l'empire ?ù s'étaient maintenus des restes importants de monophysites. Mais il fallut le contact du monde arabe pour allumer l'incendie iconoclaste. Les Arabes qui sillonnaient l'Asie Mineure depuis des dizaines d'années avaient apporté à Byzance, leur culture et, avec elle, leur réticence propre à l'Islam pour la représentation du visage humain. Voilà comment la querelle des images naquit dans les provinces orientales de l'Empire d'un croisement singulier entre une foi chrétienne avide de pure spiritualité et les doctrines sectaires iconophobes, les conceptions des vieilles hérésies christologiques et, enfin, les influences de religions non-chrétiennes, Judaïsme et en particulier Islam. Après 1a victoire sur la ruée guerrière de l'Orient, c'est un engagement avec les infiltrations de la culture orientale qui commence sous la forme de 1a querelle des images. Le mouvement iconoclaste part d'Asie Mineure où le calife Yézid publie en 723 un édit ordonnant de détruire toutes les images «soit dans les temples, soit dans les églises, soit dans les maisons». La campagne sauvage de destruction se propage rapidement parmi les évêches des provinces orientales et atteint la cour impériale de Byzance. Devant la résistance à l'iconoclasme du patriarche Germain (de 726 à 730), l'empereur Léon l'Isaurien intervient personnellement et publie en 730 un édit interdisant le culte des images et déclarant que celles-ci sont des idoles formellement réprouvées par 1'Ecriture: «On ne doit pas vénérer, Dieu le défend, ce qui est fait de main d'homme, ainsi que toute représentation de ce qui est au ciel ou sur 1a terre». S. Germain est déposé et relégué en exil. On ôtant son pallium, il déclare: «Sans l'autorité d'un concile, tu ne peux, Basileus, rien changer à la foi». Le premier sang coule lors d'une émeute populaire provoquée par la destruction de l'icone du Christ de Chalcoprateia, au-dessus de l'une des portes du palais impérial. Il en résulte une persécution violente au cours de laquelle de nombreux partisans du culte des images sacrées sont torturés, bannis ?u mis à mort, tandis qu'on détruit systématiquement les icones dans les eglises et les maisons. A Rome, le pape Grégoire ainsi que son successeur Grégoire refuse de se soumettre à l'édit impérial: «Les dogmes de l'Eglise ne sont pas ton affaire, écrit à Léon le Pape, laisse tes folies». Une décision d'un concile romain réuni en 731 spécifie que: «A l'avenir, quiconque enlèvera, anéantira, déshonorera ou insultera les images du Seigneur ou de sa sainte Mère ou des apôtres, etc... ne pourra recevoir le Corps et le Sang du Seigneur et sera exclu de l'Eglise». C'est à cette époque que S. Jean Damascène, moine de St. Sabbas en Palestine, écrit ses Traités la défense des saintes images dans lesquels il fournit aux défenseurs de la foi une base théologique qui sera reprise par les théologiens orthodoxes après lui. Il y déclare qu'il n'appartient pas à l'empereur de trancher la question de la légitimité des images: «C'est l'affaire des conciles et n?n des empereurs». «Il n'appartient pas aux empereurs de légiférer dans l'Eglise; l'affaire des rois, c'est le bien-être politique, tandis que l'organisation de l'Eglise est l'œuvre des pasteurs et des docteurs». Le fondement du culte des images est, selon S.Jean Damascène, le dogme christologique. Le salut est lié à l'Incarnation du Verbe divin, par conséquent à la matière, car le salut est réalisé par l'union en Christ de 1a divinité et de la chair humaine: «Jadis, Dieu, l'Incorporel et l'Invisible, n'etait jamais représenté. Mais, maintenant que Dieu s'est manifesté dans la chair et a habité parmi les hommes, je représente le visible de Dieu. Je n'adore pas 1a matière, mais j'adore le Createur de la matière, Qui est devenu matière à cause de moi, Qui a voulu habiter la matière et Qui, par la matière, a fait mon salut». «Lorsque l'Invisible devient visible selon la chair, alors tu peux représenter la ressemblance de ce que tu as vu. Quand Celui qui n'a ni quantité ni grandeur, qui est incomparable en raison de 1a supériorité de sa nature, étant l'image de Dieu, quand il assume 1a forme d'un esclave et s'humilie en cela jusqu'à la grandeur, adoptant une forme corporelle; alors grave-le sur une planche et élève à la contemplation Celui qui a daigné être vu. Représente sa condescendance ineffable, sa naissance de 1a Vierge, son baptême au Jourdain, sa transfiguration au Thabor, sa passion qui communique l'impassibilité, ses miracles, symboles de sa nature divine, accomplis par l'intermédiaire de sa chair, le tombeau salvafique de notre Libérateur, son ascension aux cieux; décris tout cela, et par la parole et par les couleurs, dans les livres et sur les planches». La persécution iconoclaste atteint son paroxysme sous le règne de ConstantinV Copronyme (741-775), fils de Léon . On l'a considéré comme l'ennemi le plus dangereux et le plus acharné du culte des images, mais ce n'est qu'après le concile iconoclaste de Hiéria (754)L'offensive iconoclaste ne se limite pas aux saintes images mais s'attaque aux reliques des saints; l'empereur va jusqu'a interdire le culte des saints et de la Mère de Dieu. Le persécution s'interrompt brusquement en 775 à la mort de Constantin V. Sous son fils et successeur, Léon IV le Khazar (775-780), bien qu'il soit un iconoclaste convaincu, la persécution diminue de violence et elle cesse totalement lorsque après la mort de Constantin V, la régence est assurée par sa veuve, Irène (780-802).
 
R.P.Boris Bobrinskoy

Bdinler


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18/10/2005

Le VIle concile œcuménique (787) et le rétablissement des saintes images (780-813)





Le VIle concile œcuménique (787) et le rétablissement des saintes images (780-813)Irène était entièrement dévouée à la cause des images sacrées. Mais malgré la lenteur et toutes les mesures de circonspection dont le gouvernement s'était entouré, le premier essai de réunir un concile à Ste Sophie de Constantinople se solda par un échec dû à l'insurrection de troupes fidèles à l'iconoclasme «traditionnel». Ce n'est qu'en automne 787 que le VIIs Concile œcumenique put se réunir à Nicée, dans la ville même où s'était tenu le Premier Concile œcumenique sous Constantin le Grand. Sous la présidence du nouveau patriarche araise, de nombreux évêques et moines venus de toute la chrétienté prirent part aux sessions du Concile. Celui-ci rétablit le culte des images et en proclama le dogme. Dès la seconde session, les Pères du concile se déclarérent en faveur du culte des images, soulignant toutefois avec force la distinction fondamentale entre le «culte relatif» par lequel sont vénerées les images sacrées et l'adoration au sens propre qui convient à Dieu seul. La quatrième session fut destinée à retablir non seulement le culte des images mais aussi la légitimité de l'intercession des saints et de la Mère de Dieu: «Nous saluons les paroles du Seigneur, des apôtres, des prophètes, qui nous apprennent à honorer et à magnifier en premier lieu celle qui est en vérité la Mère de Dieu, supérieure à toutes les puissances célestes, puis ces puissances célestes elles-mêmes, les apôtres, les martyrs, les docteurs, tous les saints personnages, à leur demander leur intercession, capables qu'ils sont de nous rendre Dieu favorable si toutefois nous gardons les commandements et vivons de manière vertueuse». Voici enfin les principaux passages du décret dogmatique sur le culte des images tel qu'il fut promulgué par les Pères du Concile: «Ainsi done, marchant sur la voie royale et suivant l'enseignement divinement inspiré de nos saints Pères et la Tradition de l'Eglise catholique... Nous décidons en toute exactitude et après examen complet que, de même que la sainte et vivifiante croix, les saintes et précieuses icones peintes avec des couleurs, faites avec de petites pierres ou avec toute autre matière correspondant à ce but, doivent être placées dans les saintes églises de Dieu, sur les vases et les vêtements sacrés, sur les murs et les planches, dans les maisons et sur les routes, que ce soient les icones de Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ, ou de notre souveraine sans tache, la Sainte Mère de Dieu, ou des saints anges et des hommes saints et vénérables. Car, chaque fois qu'on voit leur représentation par l'image, chaque fois on est incité en les contemplant à se rappeler les prototypes, on acquiert plus d'amour pour eux et on est davantage incité à leur rendre hommage en les baisant et en témoignant sa vénération, n?n la vraie adoration qui, selon notre foi, convient à la seule nature divine, mais de la même façon que nous rendons hommage à l'image de la précieuse et vivifiante croix, au Saint Evangile et à d'autres objets sacrés auxquels ?n rend hommage par l'encensement et les cierges selon la pieuse coutume des anciens. Car l'honneur rendu à l'image va à son prototype, et celui qui vénère l'icone, venère la personne qui est représentée...». Si, au plus fort de la persécution contre le culte des icones, l'Orthodoxie avait trouvé en la personne des pontifes romains des partisans courageux et déterminés des images, très paradoxalement, il n'en fut plus de même lors du triomphe de l'orthodoxie a Byzance. Les actes du Concile de Nicée parvinrent en Occident dans une traduction si grossière et inexacte (en particulier vénération des icones fut traduit par adoration), qu'ils provoquèrent la violente réaction et même l'hostilité de la part de Charlemagne et de ses théologiens francs. Malgré toutes ses exhortations, c'est finalement le pape Hadrien 1er qui dut céder devant l'obstination de Charlemagne. Le Concile de Francfort en 794 voulut se poser en arbitre entre le concile iconoclaste de 754 et le Septième Concile œcumenique, aussi prescrivit-il de ne pas détruire les icones, mais pourtant de ne pas les vénérer. Le rôle des images fut limité à une pédagogie d'enseignement et d'édification morale, dénuée de tout fondement sotériologique: «Ni l'un ni l'autre concile ne mérite assurément le titre de Septième: attachés à la doctrine orthodoxe qui veut que les images ne servent qu'à l'ornementation des églises et à la mémoire des actions passées... nous ne voulons pas plus prohiber les images avec l'un des conciles que les adorer avec l'autre et nous rejetons les écrits de ce concile ridicule». En 825, le Concile de Paris entérina les décisions du Concile de Francfort et l'on peut dire que l'Occident a pratiquement ignoré (du moins jusqu'a une epoque recente) la théologie orthadoxe de l'icone, fondée sur le mystère de l'Incarnation et le dogme christologique.

R.P. Boris Bobrinskoy

Bdinler


 

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