16/09/2005

Le culte de Mithra

mithra

 

Mitra en Inde et Mithra en Iran ont une origine étymologique commune. En Inde, il s’agit d’un dieu suprême, ayant un rôle de magicien. Primitivement, on lui offre le taureau et le soma. En Iran, il n’est pas mentionné, après la réforme de Zarathustra, mais n’en existe pas moins, dans la religion populaire. Son culte connaît un regain de ferveur à l’époque romaine.

 

 Le nom de Mithra signifie « milieu ». Il appartient à une première triade, composée d’Ahura Mazda, Mithra et Anahita, située à la place hiérarchique la plus haute. En tant que Soleil, il appartient à une autre triade, entre Cautas, le Soleil levant, et Cautopatès, le Soleil couchant.

 

 Mithra naît de la pierre ou de l’œuf cosmique, tout prêt d’une source abritée par un arbre. Son existence est marquée par le sacrifice du Taureau. Sur l’ordre de Sol « soleil », qui lui a envoyé son corbeau messager, il se lance dans une poursuite implacable. Il égorge le taureau. De cette mort rituelle, va naître la vie ; les plantes et le froment sortent de sa colonne vertébrale ; les pampres et la vigne, de son sang.

 

 La fête de Mithra prend place au solstice d’hiver. Il a un culte public qui se déroule dans des grottes, avec baptême de sang, et qui prône la résurrection. A côté, des mystères réunissent ses adeptes, selon un système de douze grades.

 

 La popularité de Mithra s'accrût durant le 4ème siècle av. J.-C., et Mithra occupa une nouvelle fois une place privilégiée dans le panthéon perse. Il y était considéré comme un dieu des armées en même temps qu'un dieu de la justice divine. Les soldats grecs au cours de leurs expéditions en Iran connurent le culte de Mithra. Malgré l'effondrement de l’Empire perse après l'invasion d'Alexandre en 336 av. J.-C., Mithra garda de nombreux fidèles en Asie Mineure et surtout en Arménie. Par la suite la dynastie Parthe de l'Iran (247 av JC à 226 apr. JC) le vénéra et l'inclut parfois dans le nom de ses rois, comme Mithradate Ier le Grand, ce nom signifiant « donné par Mithra ».

 

Les Grecs d'Asie Mineure identifièrent Mithra à Hélios, dieu grec du soleil, contribuant ainsi à répandre son culte; il acquit de nouveaux attributs et devint progressivement l'objet d'un culte à mystères. La première congrégation fut créée à Rome, vers 68 av. J.-C., par des soldats adulateurs de Mithra, sous la direction du Général Pompée. Les colonies romaines, nombreuses en Asie Mineure, constituaient des liens entre la Perse et la Méditerranée et permirent la diffusion du mithraïsme dans l’Empire romain. D'autant plus que les légions envoyées par Rome dans les zones frontalières restaient parfois des années en contact permanent avec les Perses et que des régions s'échangeaient entre les Perses et les Romains.

 

Mithra fit son entrée dans la littérature latine vers l'an 80 lorsque le poète Statius écrit : « Que tu préfères porter, le nom vermeil de Titan, suivant la tradition du peuple achéménide, ou d'Osiris frugifère, ou de celui qui sous le roc de l'antre Persique force les cornes du taureau récalcitrant: Mithra! ». En effet, si le mithraïsme attirait esclaves et hommes libres, le fait qu'il insistait sur des notions telles que la vérité, l'honneur, le courage et la fraternité et qu'il exigeait de la discipline, fit de Mithra le dieu des soldats et des commerçants.

 

Le culte de Mithra se répandit dans tout l’Empire romain de l'Espagne à la Mer Noire en montant vers l'Ecosse dans le nord et en descendant jusqu'au Sahara. De nombreux vestiges de ce culte ont été trouvés en Grande Bretagne, en Italie, en Roumanie, en Allemagne, en Autriche, en Bulgarie, en Turquie, en Arménie, en Syrie, en Israël, en Suisse (Martigny), et en France (Bordeaux, Bourg Saint Andéol dans l'Ardèche, en Alsace, Metz, et ailleurs). On en compte aujourd'hui à Rome une quarantaine, tandis qu'à l'époque il devait y en avoir trois fois plus.

 

 Selon Ernest Renan, « Si le christianisme eut été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eut été mithraiste. »Les Romains nommaient Mithra Deus Sol invictus, Soleil invaincu. L'empereur romain Commode (161-192 apr. J.-C.) lui-même fut initié au culte de Mithra, et sous le règne d'Aurélien (270-275) le mithraïsme fut proclamé religion officielle de l’Empire et l'empereur l'incarnation terrestre du Soleil.

 

C'est Aurélien qui en 274 déclara le 25 décembre jour anniversaire de la divinité (natalis solis invicti). Cependant lorsque Constantin 1er (v. 274-337 apr. J.-C.) se convertit au christianisme en 312 apr. J.-C., le mithraïsme perdit de son influence et, après un bref renouveau sous Julien dit l'Apostat (331-363), ce culte disparut. Ce philosophe et poète, qui avait embrassé le mithraïsme, tenta de restaurer le culte du Soleil. Ironie du sort, il fut tué en 363 apr. J.-C., lors d'un combat contre les Perses en Mésopotamie.

 

 Le mithraïsme inspira beaucoup le christianisme, en particulier en ce qui concerne Noël. La fête la plus importante dans la religion de Mithra se situait au jour du Solstice d'hiver, considéré comme le jour de naissance de Mithra et la victoire de la lumière sur les ténèbres.

 

 Chose étonnante, les premiers chrétiens ne célébraient pas le 25 décembre et ignoraient la date de naissance du Christ. L'Evangile de saint Marc, considéré comme le plus ancien, ne parle pas de la vie du Christ, et les deux seuls Evangiles qui évoquent sa naissance, ceux de saint Luc et saint Mathieu, ne donnent cependant jamais de date pour la Nativité. En tout cas, d'après l'Evangile de Luc (2 :8), lors de la naissance du Christ « il y avait dans la même contrée des bergers demeurant aux champs, et gardant leur troupeau durant les veilles de la nuit. » Or, le mois de décembre en Palestine est généralement pluvieux et il fait froid; les bergers ne laissent pas à cette période de l'année leur troupeau en pâturage.

 

Au 2ème siècle apr. J.-C., une première mention de la fête se trouve chez Clément d'Alexandrie qui, évoquant les fidèles du théologien Basilide, nous apprend que ceux-ci fêtaient le 6 ou 10 janvier le baptême du Christ. Cependant dès la première moitié du 4ème siècle la fête de l'Epiphanie réunit à la fois le baptême et la naissance du Christ. Un papyrus datant du 4ème siècle découvert en Egypte contient la plus ancienne liturgie de Noël, célébrée alors dans la nuit du 5 au 6 janvier.

 

En somme, la fixation au 25 décembre a été décidée par le Pape Jules 1er en 340. Ce choix semble donc avoir été éminemment tactique. Le mithraïsme était riche d'éléments qui tiraient leur origine des siècles et parfois même des millénaires de culture indo-européenne, contrairement à la jeune religion du Christ venue de Palestine. Par conséquent, les premiers chrétiens romains, en abandonnant le culte de Mithra, y restèrent longtemps encore très attachés, d'où la présence de nombreux rites mithriaques en christianisme.

 

Par exemple, dans la religion de Mithra on sacralisait le dimanche, le jour du Soleil (d'où Sunday ou Sonntag). De même, le pain et le vin étaient consacrés dans l'eucharistie. On représentait Mithra naissant d'un rocher, en présence de bergers. De plus, le baptême chrétien et l'utilisation de musique et de cloches ainsi que de l'eau bénite proviennent du culte de Mithra. Quant au clergé, il a emprunté le titre de « père » aux prêtres de Mithra, malgré l'interdiction formelle du Christ: « N'appelez personne votre « Père » sur la terre: car vous n'en avez qu'un, le Père céleste » (Mt 23:9).

 

Il n'est donc pas étonnant que la mitre, le bonnet des évêques, rappelle Mithra et que la coiffure d'apparat du Pape, la tiare (un mot d'origine perse dérive du frigium ou bonnet phrygien. Mithra n'a pas disparu de son pays natal, l'Iran. Durant les dynasties Parthes et Sassanides (3ème siècle av. J.-C. au 7ème siècle apr. J.-C.), il avait une place prépondérante même dans la religion zoroastrienne.

 

Sur les bas-reliefs sculptés dans la roche, on le voit surveiller l'investiture des rois Sassanides par Anahita, la déesse des eaux, de la pureté et de la fécondation.

 

Après l'invasion islamique au 7ème siècle, Mithra semble constituer un des éléments des mouvements de résistance iranienne et on peut trouver des traces du bonnet rouge jusqu'au 15ème siècle. Aujourd'hui, les Iraniens n'ont pas oublié Mithra: ils célèbrent chaque année sa naissance le 21 décembre, jour du solstice d'hiver, qu'ils appellent « nuit de Yalda » (Yule chez les Scandinaves!). De plus, le septième mois du calendrier solaire iranien est consacré à Mithra, d'où son nom de « Mehr », tout comme la grande fête de Mehregan, qui marque le début de l'automne et celui du mois de Mehr. Ces fêtes reprennent toute leur importance ces dernières années, avec le retour des Iraniens à leurs anciennes valeurs culturelles.

Bdinler

 

16:47 Écrit par uchisarpension | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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